Pour comprendre l’influence croissante de la comptabilité carbone dans nos modèles économiques
1. Sarbanes-Oxley
Commençons par quelques mots de finances. Je vous rassure je ne suis pas financier, donc ça devrait aller vite…
L’histoire est simple : suite notamment à différents scandales financiers (Enron, WorldCom…), MM les sénateurs Paul Sarbanes et Mike Oxley ont promu en 2002 une loi pour réformer la comptabilité des sociétés cotées et renforcer la protection des investisseurs, en y imposant plus de contrôle et de transparence. Pour les remercier, et leur donnant du même coup une notoriété mondiale et durable, le marché tout puissant a surnommé cette loi Sarbanes–Oxley, SOX ou Sarbox pour les intimes, voire SOA pour « Sarbanes-Oxley Act »
Sarbox a donc rendu obligatoire une série de mesures, dont la responsabilisation personnelle des dirigeants sur la certification des comptes, la composition des comités d’audit, la formalisation du contrôle interne - notamment la visibilité et traçabilité des risques dans l’entreprise - bref tout ce qui peut rassurer le marché sur la solidité réelle de l’entreprise.
Dernier petit point, Sarbox va souvent de pair avec les normes IFRS, normes comptables internationales mises en place en 2005 et visant elles aussi à renforcer la clarté et la qualité de la communication financière, en pleine crise de confiance du marché (oops, déjà-vu ?)
2. Les émissions de carbone
Là-dessus pas grand-chose à dire, ou plutôt je ne vais pas essayer de résumer tous les autres articles de ce blog – dont je recommande vivement la lecture - en deux paragraphes.
Le point important à retenir est que l’idée fait son chemin parmi les grands de ce monde d’attaquer de plus en plus directement (c’est-à-dire en visant là où ça fait mal, juste au-dessus du cœur : le portefeuille) les émissions de gaz à effet de serre ou d’équivalents carbone. Pour l’instant le prix de l’énergie s’en charge, mais il est fort probable que nous verrons apparaître une forme de taxation, qu’elle soit dictée par les pouvoirs publics ou par les marchés sous forme de bonus-malus dans les cotations des sociétés, en rapport direct avec les émissions de ces mêmes sociétés.
3. Pourquoi Carbox ?
A ce stade, normalement vous avez compris mon raisonnement et je peux m’arrêter. Mais je vais quand même résumer pour le plaisir, voire simplifier à grands coups de machette : Sarbox traque les risques auxquels est soumise une société, les émissions de carbone représentent un risque donc… CQFD voici Carbox !
(Je précise en passant que ce terme américain commence à faire son apparition dans les articles Outre-Atlantique, mais qu’en France il désigne déjà notamment une société qui fabrique des rangements pour coffres de voitures, une société de location de voitures etc. – nous continuerons évidemment de nous intéresser ici au terme financier, reste à savoir comment il supportera la traversée de l’Atlantique…)
4. Conséquences
Parmi les conséquences de Carbox, deux me viennent immédiatement à l’esprit, mais il y en a probablement beaucoup d’autres dont nous ne manquerons pas de parler dans les prochains jours : la responsabilisation des dirigeants et l’intégration de la chaîne d’activité.
Et oui, si les dirigeants sont personnellement responsables de la certification des comptes de la société, ils vont aussi le devenir pour la comptabilité carbone. Donc non seulement de la véracité des chiffres publiés, mais aussi de la fiabilité et de la transparence du procédé de comptage, de contrôle interne, et de leur mise en œuvre effective.
Deuxième conséquence, faisons cette fois le parallèle avec les normes IFRS. Ainsi de la même manière qu’une société doit intégrer dans son bilan ceux des filiales qu’elle contrôle effectivement, qu’elle en soit l’actionnaire majoritaire ou pas, la totalité des émissions de carbone liées à l’activité d’une société devra être intégrée dans sa propre comptabilité carbone - pour les connaisseurs, il s’agit du scope 3 du Greenhouse Gas Protocol du WBCSD, qui pour l’instant est optionnel. Adeptes du 2.0 que vous êtes, vous aurez aussitôt compris l’importance de cette mesure pour la propagation en mode viral de la bonne tenue des comptes carbone !
En conclusion, deux points. D’abord, cette évolution marque une réelle avancée dans la rigueur de la comptabilité carbone, donc dans la rigueur des compensations. Et puis, en élargissant un peu le débat, si l’on considère que finalement Carbox, c’est « tout simplement » la transposition sur la comptabilité carbone de tous les principes et exigences de la comptabilité financière, c’est probablement, et sans en avoir l’air, un nouveau pas de géant dans la monétisation du carbone.
Pour l’inspiration, voir l’art. de Forbes du 03 juillet 2008: http://www.forbes.com